Elle s’appelle Béatrice Girard et vient de remporter le titre de Championne de France Women’s Cup 2024 en catégorie 600 cc au guidon de sa Yamaha R6. Motarde depuis son plus jeune âge, elle n’a découvert la piste qu’en 2015 mais depuis, elle ne la quitte plus. Elle vous partage ici son parcours, ses victoires, ses difficultés mais aussi, et surtout, sa passion.
🎙️ Interview sans filtre d’une pilote moto 🏍️comme on les aime 👇
Fille Au Guidon: « Bonjour Béa, deuxième titre de Championne de France Women’s Cup pour toi cette année, bravo !! Peux tu nous raconter comment tu es venue à la moto ? Qu’est ce que cela t apporte au quotidien ?
Béatrice Girard : « Merci beaucoup! Je suis vraiment très heureuse et fière d’être la 1ère pilote Women’s Cup à remporter le titre à la fois en 1000cc (2022) et en 600cc (2024).
Depuis toute petite, je suis passionnée de moto. Un de mes frères était motard, et avec ses copains, ils avaient tous de super grosses motos!! Et je regardais ça avec des étoiles dans les yeux ! Et je me disais qu’un jour, moi aussi j’en aurai une comme eux! lol J’étais déjà particulièrement fan des Gsxr!

Ensuite, dès que j’ai pu, je me suis achetée ma 1ère mobylette à 14 ans et 1 jour (avec toutes mes économies) un 103 RCX, puis un Derby super motard 50cc et ensuite un 600 Bandit SUZUKI en 1ère moto gros cube.
La moto m’a toujours permis de m’évader, de me sentir libre, de m’aérer, d’être dans une bulle/ un monde où je suis bien, apaisée ou rien ne peut venir perturber ça. C’est une grande bouffée d’oxygène, qui me permet aussi de me retrouver avec moi-même. »
Fille Au Guidon: « Comment es-tu arrivée sur piste ? Qu’est ce qui t a plu ? Qu y trouves-tu toujours ? »
Béatrice Girard : « Je suis arrivée à la piste tardivement à 30 ans en 2015, un peu par hasard, car jamais je ne pensais pas qu’un jour j’aurais pu mettre les roues sur un circuit, et encore moins faire des courses de vitesse…Ça ce n’était que dans mes rêves!!
J’étais en région parisienne à l’époque (à cause du travail), pas très loin du Circuit Carole, et en allant voir/ admirer les pilotes qui tournaient déjà là-bas, j’y ai rencontré des personnes qui m’ont incitée à essayer, à me lancer. Et elles ont bien eu raison de le faire! Je regrette même de ne pas l’avoir fait avant!!
Ce qui m’a plu de suite, c’est la vitesse qu’on peut atteindre à chaque accélération, ce sont les angles que l’on peut prendre sans prendre de risques (comparé à la route), c’est le plaisir qu’on peut avoir entre copains à se « tirer la bourre » en toute sécurité.
J’y trouve toujours énormément de plaisir et d’adrénaline et aussi des sensations et émotions immenses et intenses qu’on ne peut ressentir nul part ailleurs! »

Fille Au Guidon : « Quelles sont les difficultés que tu as rencontré et quels conseils donnerais-tu aux filles qui veulent se lancer sur piste ? »
Béatrice Girard : « La difficulté principale que je rencontre, comme tout le monde je pense, c’est le côté financier. Je privilégie les courses du championnat, qui est déjà très difficile de financer dans son intégralité, et du coup, je fais très peu de roulages d’entraînement. Ce qui rend la tâche encore plus difficile en week-end de courses, car il faut être très performant de suite alors que j’ai plein de points techniques à améliorer mais l’objectif 1er en compétition est le chrono.
⚠️ Le conseil que je peux donner aux filles qui veulent se lancer sur piste et/ou en compétition, c’est de prendre un coach ou de faire un stage de pilotage, pour avoir de bonnes bases et ne pas prendre de défauts. Je n’ai pas pu le faire, faute de moyens, je suis comme on dit « autodidacte », mais je pense sincèrement que c’est important pour ensuite pouvoir se concentrer sur les repères et trajectoires de chaque circuit. Une fois la technique de pilotage en place, on a moins de défauts qui peuvent bloquer la progression à un moment donné.
Pour ma part, j’analyse beaucoup ce que je fais, je me remets beaucoup en questions, je regarde les photos, les vidéos quand je suis en piste, je regarde aussi beaucoup les top pilotes pour comprendre mes défauts et m’améliorer. C’est pas évident et ça demande beaucoup de temps. »
Fille Au Guidon : « Dès le début du Championnat Women’s Cup en 2016, tu y as participé. Qu’est ce qui t a motivé à intégrer ce championnat de vitesse 100% féminin ? »
Béatrice Girard : « Oui j’ai participé à la 1ère Women’s Cup en 2016, j’étais débutante, je n’avais seulement fait quelques roulages en 2015. C’était ma 1ère course, 1er départ, 1ère fois au circuit Bugatti, 1ers tours de roue sous la pluie aussi!
Ce qui m’a motivé, c’est la création de cette Coupe spécialement pour les femmes. Entre copines/ connaissances, on s’est toutes mises à s’encourager les unes les autres à s’y inscrire. Il y a eu 88 pilotes dont certaines très expérimentées, chevronnées et avec déjà de beaux palmarès. Et le fait de pouvoir participer aussi à une « grande 1ère », à une innovation dans le monde des courses moto, c’était aussi très motivant et une belle opportunité de réaliser un rêve qui me paraissait tellement inaccessible.
A peine 1 an avant, j’étais dans les tribunes du Mans pour le GP… et jamais j’aurais imaginé qu’au mois d’avril suivant, je serais sur la grille de départ pour faire une course de vitesse!!! Je n’avais même pas encore commencé les roulages (j’ai commencé en juin 2015).
En 2016, bien que je sois débutante, j’avais terminé 10ème sur 88 donc superbe résultat, j’aurai pas pu espérer mieux!
Prendre un départ, participer à des courses, ça procure vraiment des émotions indescriptibles : c’est un mélange de beaucoup de choses : de l’envie, du stress, de l’appréhension, de l’adrénaline, de la motivation, de la hargne, du bonheur, du doute, une immense joie et satisfaction de passer le damier…des larmes de bonheur même!…etc… Et aussi un partage et même une communion, lors du tour d’honneur après une course qui permet de remercier tous les commissaires de piste bénévoles… ça fait tellement chaud au coeur! Sans eux, on ne pourrait pas faire de courses.
Il faut vraiment le vivre pour comprendre réellement ce qui se passe dans le casque!
De 2017 à 2019, je n’ai participé qu’à une seule course du championnat de france Women’s Cup, faute de moyens me permettant de faire plus. Mais j’ai toujours eu de bons résultats avec mon Gsxr 750 (classée en 1000cc): entre top 10 puis top 5. En 2020, j’ai enfin pu participer au Championnat de France Women’s Cup dans son intégralité. J’ai terminé Vice-Championne de France 1000cc. En 2021, j’ai terminé 3ème et en 2022, j’ai remporté le Championnat et deviens donc Championne de France femme 1000cc avec mon Gsxr 750.
Et donc en 2024, Championne de France féminine 600cc avec mon R6. »

Fille Au Guidon : « Depuis 2 ans, tu te frottes aussi à la Coupe de France Promosport. Comment es-tu passé aux courses mixtes ? Quelles difficultés as-tu rencontré et comment les as-tu surmonté ? »
Béatrice Girard : « Après plusieurs courses et même années pour le coup, la Women’s Cup m’a permis d’envisager de participer à des compétitions mixtes car je me suis dit que ça pourrait être intéressant de se mesurer aussi aux pilotes masculins.
En 2021 et 2022, j’ai participé 2 fois aux 6H de Spa-Francorchamps. J’étais dans une équipe exclusivement composé de pilotes féminines. Pour les 2 éditions, nous avons fini sur le podium à la 3ème place en catégorie Trophy Amateur. Ça a été 2 superbes expériences. L’endurance, c’est vraiment génial comme partage de la passion car non seulement on prend un immense plaisir mais en plus de cela, c’est une vraie aventure humaine, en équipe, où chaque membre de l’équipe à son importance. Les émotions que l’on peut vivre, sont décuplées en endurance, c’est fou!
En 2023, je me suis inscrite en Coupes de France Promosport en catégorie Découverte où j’ai terminé 4ème au scratch… j’ai fait plusieurs podiums pendant la saison.
J’aurais pu espérer un podium pour le classement final aux vues de mes résultats sur le début du championnat mais à la 3ème manche, j’ai chuté lourdement, en essais libres, sur la tête, au circuit Carole sous la pluie. J’ai fait une commotion cérébrale donc j’ai été interdite de courir le week-end,
Quelques semaines après, j’ai chuté lourdement sur l’épaule lors de l’un des rares roulages que je fais entre copains, et je me suis blessée assez sérieusement à l’épaule. J’ai serré les dents pour poursuivre le championnat et le terminer mais j’étais clairement pas en état.
Malgré tout, ça restait un beau résultat et j’ai décide de poursuivre sur ma lancée pour continuer ma progression.
En 2024, j’ai décidé de participer aux Coupes de France Promosport en catégorie 600cc. Catégorie ultra relevé en termes de niveau. J’ai changé de moto pour un R6 Yamaha de dernière génération et découvert une nouvelle cylindrée. Ce fut un gros challenge pour moi cette année, car je me suis confrontée aux pilotes amateur les plus rapides de France avec une moto que je ne connaissais pas, une cylindrée que je ne connaissais pas non plus. Nous étions seulement 2 pilotes féminines, Margaux Hubeny et moi, parmi les 67 pilotes en catégorie 600cc.

J’ai beaucoup progressé cette année sur le 600 malgré une moitié de saison difficile car la moto n’étais pas complètement prête pour moi, les suspensions n’étaient pas adaptées/ préparées en fonction de mon gabarit. J’ai d’ailleurs chuté 2 fois lors des 2 courses à Lédenon pour la 1ère manche, alors que mes chronos et mon engagement sur la moto était assez prometteur. Mais forcément, ces 2 chutes ne m’ont pas donné confiance en la moto.
A la mi-saison, j’ai chuté à nouveau à Carole sous la pluie, en course 1, à cause d’un excès de confiance car je me sentais enfin bien mieux sur la moto. Heureusement, je ne me suis pas blessée pas, mise à part un hématome assez impressionnant à la hanche gauche, l’Airbag m’a sauvé l’épaule gauche (pour laquelle, je m’étais faite infiltrée en février, mars et avril… (vis à vis de ma chute en été 2023). Mais j’ai pris ma revanche sur ce circuit lors de la course 2 sur laquelle j’ai fait mon plus beau résultats de la saison en Coupes de France Promosport 600cc!! J’ai terminé P6 alors que j’étais partie 28ème! Une course dans des conditions de piste très particulières…quasi sec au début mais ensuite pluie.
Pour la fin de saison 2024, une fois que la moto ait été bien préparée et réglée pour moi (des réglages qu’on a affiné petit à petit), j’ai développé un super feeling avec le R6, j’ai pris confiance en elle, j’ai pris de plus en plus de plaisir et forcément mes chronos se sont grandement améliorés et je ne m’attendais pas à autant de progrès, donc je suis super contente.
Pour les 2 dernières manches de coupes de France Promosport, je termine même milieu de tableau et j’en suis vraiment très contente car en début de saison, je pensais sincèrement être au fond fin des tableaux.
Au final, je termine 32ème des Coupes de France Promosport 600cc (sur 67 pilotes au total, mais tous n’ont pas fait tout le championnat).
En ce qui concerne ma participation au Championnat de France Women’s Cup, elle a été incertaine très longtemps, car le financement de toute la saison a déjà été très compliqué et en plus, j’ai chuté 2 semaines avant, en début octobre.
Coté difficultés, l’un des freins que j’ai pu rencontré, c’est par rapport à l’équipement de la moto. Une moto de piste, de courses, doit être préparée et adaptée à son pilote, en particulier au niveau des suspensions avant et arrière, afin de pouvoir exprimer son potentiel tout en exploitant au maximum les capacités de la moto, sans chuter à cause de cela.
L’autre difficulté que j’ai pu rencontré, c’est d’avoir un mécano disponible, compétent et de confiance sur la saison entière. J’ai eu des gros coups durs par rapport à cela. Je me suis retrouvée par moments, quelques jours avant les courses, sans mécano pour m’accompagner et m’assister durant le week-end de courses qui arrivait. Heureusement que j’ai des amis en or sur qui compter et qui m’ont été d’un grand secours, qui se sont rendus disponibles et qui ont été d’un grand professionnalisme pour m’aider sur les courses où je n’avais plus de mécano. Je ne les remercierai jamais assez.
Enfin, la dernière difficulté que je rencontre, c’est la disponibilité par rapport à mon travail. J’ai certes beaucoup de vacances en tant que prof d’EPS mais je ne peux pas les placer quand je veux! lol Donc c’est parfois très difficile de déplacer des cours, de me faire remplacer et ensuite de réussir à tout rattraper. Il y a des périodes vraiment très très chargées et difficiles pour réussir à se libérer pour partir en week-end de courses à l’autre bout de la France.
Fille Au Guidon: « Qu’ envisages tu pour 2025 ? Et pour la suite ? »
Béatrice Girard : « Pour 2025, honnêtement, je ne sais pas encore! J’ai envie de poursuivre en compétition évidemment mais je ne sais pas encore si je pourrai participer à un championnat en entier ou tout court (par rapport à son financement et à la disponibilité vis à vis du travail), mais en tout cas, je vais faire mon maximum pour poursuivre!
Un de mes rêves est de participer en tant que pilote à une course de 24h comme les 24h du Mans.
Un autre de mes rêves serait de travailler dans l’univers de la moto, en faisant pourquoi pas des coachings auprès de débutants, ou travailler particulièrement avec les pilotes féminines et développer quelque chose autour de ça.
Fille Au Guidon : « Si tu avais un message à passer aux filles qui veulent se lancer sur piste ? »
Béatrice Girard : « Ne jamais rien lâcher, croire en ses rêves! »







































